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Research

Facteurs associés à la déclaration des erreurs médicamenteuses par les professionnels de santé d'un hôpital spécialisé à Tunis : Étude transversale à l'aide de health belief model

Facteurs associés à la déclaration des erreurs médicamenteuses par les professionnels de santé d'un hôpital spécialisé à Tunis : Étude transversale à l'aide de health belief model

Factors associated with medication errors reported by healthcare professionals at a specialized hospital in Tunis: a cross-sectional study using the health belief model

Aya Elhusseiny Shaaban1,2,&, Francois-Marie Lahaye1,3, Mohamed Hsairi4, Azza Mehanna5, Nejoua Ben Amara2

 

1Département Santé, Université Senghor à Alexandrie, Alexandrie, Égypte, 2Institut National de Nutrition et de Technologie Alimentaire à Tunis INNTA, Tunis, Tunisie, 3Institut de Santé Publique et d'Épidémiologie et de Développement (ISPED), Université de Bordeaux, Bordeaux, France, 4Faculté de Médecine de Tunis, Université Tunis El Manar, Tunis, Tunisie, 5Département d'Administration de la Santé et Sciences du Comportement, Institut Supérieur de Santé Publique, Université d'Alexandrie, Alexandrie, Égypte

 

 

&Auteur correspondant
Aya Elhusseiny Shaaban, Département Santé, Université Senghor à Alexandrie, Alexandrie, Égypte

 

 

Résumé

Introduction : la sous-déclaration des erreurs médicales (EM) est un problème qui menace la sécurité du patient. L'objectif principal de l'étude est d'identifier les prédicteurs de la déclaration des EM par les professionnels de santé à l'Institut National de Nutrition et de Technologie Alimentaire de Tunis (INNTA).

 

Méthodes : une étude transversale a été menée auprès de tous les professionnels de santé de l'hôpital. Un questionnaire utilisant le Health Belief Model a été administré aux participants. Une analyse univariée et une analyse multivariée ont été utilisées pour identifier les facteurs associés à la déclaration des EM.

 

Résultats : le taux de réponse était 92,42 % (N=122/132). L'absence de système de déclaration et la crainte de la sanction étaient les deux obstacles les plus perçus par les professionnels de santé. Les facteurs associés significativement à l'intention à déclarer les EM étaient le sexe féminin (OR = 5,39; IC 95 % : 1,29 - 22,56), l'auto-efficacité (OR = 3,07 ; IC 95 % : 1,22 - 7,77), la vulnérabilité perçue (OR = 2,33 ; IC 95 % : 1,05 - 5,18) et l'ancienneté (OR = 0,34; IC 95 % : 0,13 - 0,88).

 

Conclusion : la mise en place d'un programme de formation prenant en compte la perception du personnel de santé vis-à-vis de la déclaration des EM serait recommandée pour en réduire leur fréquence, voire les éliminer.


Introduction: under-reporting of medical errors (ME) is a problem that threatens patient safety. The main purpose of this study was to identify the predictors of ME reported by health professionals at the National Institute of Nutrition and Food Technology of Tunis (INFTT). Methods: we conducted a cross-sectional study among all healthcare professionals at the hospital. Participants were given a questionnaire based on the health belief model. Univariate analysis and multivariate analysis were used to identify factors associated with ME reporting. Results: response rate was 92,42% (n= 122/132). The lack of reporting system and the fear of punishment were the two most perceived barriers reported by healthcare professionals. Factors significantly associated with the intention to report ME were female gender (OR = 5,39; 95% CI: 1,29, 22,56), self-efficacy (OR = 3,07; 95% CI:1,22 - 7,77), perceived vulnerability (OR = 2,33; 95% CI: 1,05 - 5,18) and seniority (OR = 0,34; 95% CI:0,13 and 0.88). Conclusion: the development of a training program that takes into account the perception of healthcare professionals regarding ME reporting would be recommended in order to reduce their frequency or even eliminate them.

Key words: Perception, reporting system, health belief model (HBM)

 

 

Introduction    Down

Les erreurs médicamenteuses (EM) représentent un problème mondial. Bien que la plupart des EM soient évitables, elles sont fréquentes dans les établissements de santé. On estime que près d'une EM se produit par jour par patient hospitalisé [1]. Différentes études ont montré que les EM surviennent plus fréquemment au moment de l'administration du médicament au patient [2], pour d'autres c'est au moment de la prescription qu'il y a plus de risque d'EM [3]. Il est estimé que 1,5 million des patients présentent des préjudices liés aux médicaments et des milliers décèdent chaque année suite aux problèmes liés à la sécurité des médicaments [4].

De nombreuses erreurs passent inaperçues ou ne provoquent aucun effet indésirable. Cependant, une seule EM peut provoquer un événement grave pour le patient. La variété des médicaments disponibles peut prêter à confusion, mettant les professionnels de santé face à un large choix de médicaments différents avec lesquels ils doivent se familiariser [5]. Cette complexité entraîne un risque iatrogène pour le patient, nécessitant la sécurisation de sa prise en charge médicamenteuse pour éviter la survenue d'erreurs ou d'incidents graves liés aux médicaments. En l'absence d'une définition consensuelle de l'EM, l'OMS l'a définie dans le guide pédagogique pour la sécurité de patient [5] comme “L'omission ou la réalisation non intentionnelle d'un acte évitable au cours duquel une dose de médicament reçue par le patient diffère de ce qui avait été prescrit et qui pourrait conduire à l'utilisation inappropriée d'un médicament. Elle pourrait se traduire par l'inefficacité du traitement, par un événement indésirable entraînant un dommage pour le patient ou par un presque-accident au cours duquel le patient a failli subir un dommage” [6-8].

Les EM ont longtemps été un sujet sensible « tabou » dans le domaine de la santé. Plusieurs études [8,9] ont montré qu'il existait un écart important entre la fréquence des EM et le taux de déclaration de ces EM. La sous-déclaration des EM peut varier de 4,2 % en Australie à 96 % en France [8,10]. Une étude [9] montre que les infirmières dont les EM n'avaient pas nui aux patients avaient signalé moins du quart de leurs erreurs. Cependant, ils en déclarent beaucoup plus quand elles causent des préjudices aux patients. L'incapacité des systèmes de santé à apprendre de leurs erreurs est la cause principale de la répétition de ces erreurs. Souvent, les mêmes erreurs se reproduisent dans différents contextes et les patients continuent d'être lésés par des erreurs évitables à cause de l'absence de signalement des EM par le personnel de santé et les organisations de soins. Plusieurs facteurs interviennent, comme le manque de temps, l'absence de protocole clair pour signaler les erreurs dans la plupart des hôpitaux [11]. D'autres facteurs de la sous-déclaration comme la méconnaissance du système de déclaration, le sentiment de démarche inutile ou encore la crainte d'une sanction et d'une rupture des relations collégiales [10,12-14]. Une étude [14] a montré que 58 % des professionnels de la santé, à part les pharmaciens, étaient classés comme ayant une attitude défavorable à l'égard des rapports d'EM.

En Europe, la déclaration est obligatoire pour les professionnels de santé dans le cadre de la pharmacovigilance [15]. La déclaration des EM peut intervenir soit au niveau national (ex: le Centre National de Pharmacovigilance CNPV), soit au niveau interne à l'établissement de santé. Étant effectuée à l'initiative du déclarant, elle est considérée spontanée ou volontaire [16]. Les systèmes de déclaration externes sont plus efficaces lorsqu'ils sont une extension des systèmes internes [17,18]. Le Bureau Régional de l'OMS pour la Méditerranée Orientale (EMRO) a lancé l'initiative "Hôpital ami de la sécurité des patients" qui implique la mise en œuvre des systèmes du signalement des erreurs appliquant les meilleures pratiques du personnel de santé [19]. L'Institut National "Zouhair Kallel" de Nutrition et de Technologie Alimentaire (INNTA) a été parmi les sites choisis par le ministère de la Santé pour l'implémentation de ce projet dans ses locaux (Mars 2020).

Objectifs de l'étude: notre objectif principal est d'identifier les prédicteurs de l'intention des professionnels de santé de déclarer les EM à l'INNTA à l'aide du modèle psychologique le Health Belief Model (HBM). Nous avons comme objectifs secondaires d'évaluer la connaissance et décrire la perception des professionnels de santé vis-à-vis du signalement des EM ainsi que déterminer le niveau d'application du système de signalement des EM à l'INNTA à Tunis.

 

 

Méthodes Up    Down

Il s'agit d'une étude transversale : effectuée sur les déterminants du signalement des EM auprès de tout le personnel médical, juxtamédical et paramédical (médecins résidents - médecins seniors - dentistes - pharmaciens - infirmières) de l'INNTA à Tunis de mars à août 2021 qui sont en nombre de 132.

Critères d'inclusion : tout personnel de santé impliqué dans la prise en charge médicamenteuse dans la liste officielle de l'organigramme de l'INNTA et qui a consenti à participer à l'enquête.

Recueil de données : un questionnaire structuré a été conçu à l'aide des barrières et perceptions rapportés dans des études de connaissances, attitudes et perceptions (CAP) et qualitatives avec des questions fermées à choix multiples (53 items répartis en 6 sections). Les 6 sections sont: l'état des lieux sur l'existence du système de signalement dans l'INNTA, les connaissances, les pratiques (signalement des EM), le HBM ou les perceptions des professionnels de la santé vis-à-vis de la déclaration des EM ont été évaluées sur une échelle de Likert à 4 points, allant de « pas du tout d'accord » à « tout à fait d'accord », l'intention vis-à-vis de la déclaration des EM évaluée sur une échelle de Likert à 4 points « improbable » à « très probable » et les caractéristiques socioprofessionnelles des participants.

Les 6 variantes de perception de « HBM » sont : vulnérabilité perçue, avantages perçus, gravité perçue, obstacles perçus, auto-efficacité et indices à l'action. Le HBM ou le Modèle de croyance en santé est un des premiers modèles psychologiques (1950) à analyser le comportement lié à la santé [20,21]. Il propose que les gens soient plus susceptibles de prendre des mesures préventives ou de faire un acte lié à la santé, s'ils perçoivent la menace d'un risque pour la santé, s'ils se sentent personnellement vulnérables ou susceptibles à ce risque et s'ils perçoivent les avantages de ce comportement de santé. Pour les composantes de HBM et l'intention, le score moyen a été calculé pour chaque sous-section séparément. Ensuite, le score est calculé en pourcentage par rapport au score maximum. La collecte des données a été effectuée par le logiciel (KoBoCollect).

La validité du contenu de l'outil a été indiquée par un panel d'experts dans le domaine, la validité du questionnaire a été évaluée par le ratio de validité du contenu (CVR) et l'indice de validité du contenu (CVI). Sur une échelle de Likert de 1 à 4, les questions ayant un score de CVR ou CVI < 0,5 ou ayant « élément pas nécessaires » ont été éliminées, les questions ayant un score de 0,5 à 0,7 ou ayant « élément utile, mais pas nécessaire » ont été modifiées et reformulées et les questions ayant un score > 0,7 ou ayant « élément nécessaire » ont été gardées. Le questionnaire a été testé au préalable auprès de 13 personnes (10 %) de l'échantillon avant la période réelle de collecte des données. Ces 13 professionnels de santé ont été choisis aléatoirement pour évaluer sa faisabilité et sa fiabilité ainsi que pour estimer le temps nécessaire pour remplir le questionnaire (15 minutes en moyenne).

Analyse statistique : l'analyse statistique a été réalisée utilisant SPSS version 21. Les variables qualitatives ont été décrites en termes d'effectifs et de pourcentages et les variables quantitatives ont été analysées sous leur format initial en termes moyens et écart type (pour les sous-sections de HBM et l'intention). Certaines variables ont été transformées en classes, les questions sur les connaissances et perception, les modalités sont: faible si inférieur à 60 % du score total des réponses correctes qui est de 15, moyen si compris de 60 % et 80 %, bon si supérieur à 80 % (Répartition d'après les seuils de notation de Bloom) [22]. Par rapport à l'intention, la variable est dichotomisée en “intention peu favorable” pour le signalement des EM” si ≤ 80 %, et “intention favorable” si > 80 %. Les comparaisons de pourcentages ont été effectuées en utilisant le test exact de Fisher (dû aux faibles effectifs dans les catégories des pharmaciens et dentistes). Une analyse multivariée utilisant le modèle de régression logistique de type descendant a été effectuée. Les variables retenues dans le modèle sont celles avec un degré de signification inférieur à 0,20. Le seuil de signification a été fixé à 5 %. L'adéquation du modèle en utilisant le test de Hosmer-Lemeshow a été satisfaisante (p = 0,7) [23].

Éthique : un avis favorable du sous-comité d'éthique a été obtenu après la soumission du projet et du questionnaire pour approbation. Des consentements verbaux éclairés ont été obtenus de tous les participants avant de mener l'étude. Les participants ont été informés que leur participation à l'étude est volontaire et que leurs réponses resteraient anonymes et confidentielles, sans aucun jugement et analysé uniquement dans le cadre d'une cohorte.

 

 

Résultats Up    Down

Le taux de participation était de 92,42 % (N=122/132).

Caractéristiques socioprofessionnelles : le Tableau 1 résume les caractéristiques socioprofessionnelles, avec 87 % de sexe féminin et 64.5 % âgés de moins de 40 ans. La majorité des participants était des médecins résidents et des infirmiers, respectivement 37,7 % et 32 %. La plupart des participants n'avaient pas d'informations sur l'existence d'un système de signalement des EM.

Niveau de connaissances et pratiques : concernant le niveau total de connaissance, le pourcentage des participants le plus élevé (38,5 %) est celui des professionnels de santé ayant un niveau de connaissances moyen. Presque la moitié des professionnels de santé n'ont pas d'informations correctes sur la définition des EM. Des proportions de 88,5 % et 86,9 % des professionnels de santé ont affirmé que l'EM pourrait survenir au niveau de prescription du médicament et d'administration du médicament au patient, respectivement. L'erreur à cause du manque de communication entre les professionnels de santé est la plus fréquente parmi les erreurs témoignées (63 %) suivie par l'erreur par omission d'administration (saute d'une dose) (51,6 %). Plus des trois quarts des professionnels de santé de l'INNTA (87,7 %) avaient déjà été témoins de des EM, mais très peu l'avaient officiellement signalée (3,7 %). Cependant (87 %) de ceux qui ont témoigné des EM ont fait un signalement verbal majoritairement à un collègue (60,7 %), au superviseur (48,6 %) ou à la pharmacie (42 %). Les signalements des erreurs des collègues (67,7 %) et du système (65,6 %) excèdent ceux qui signalent pour leurs propres erreurs (46,2 %).

Distribution des items des sous-sections de HBM et de l'Intention de déclaration des EM : la Figure 1 illustre les niveaux de perception selon les pourcentages des scores moyens des sous-sections de HBM, les pourcentages les plus élevés de perception ont été observés pour la gravité des conséquences des EM (82,1 %), suivie des avantages du signalement (81,9 %) et de la vulnérabilité aux EM (76,5 %). Par contre, ce pourcentage était moyen pour l'auto-efficacité pour signaler les EM (66,4 %) et faible pour la perception des obstacles à signaler les EM (45,9 %). Le Tableau 2, Tableau 2 suite, Tableau 2 suite 1, Tableau 2 suite 2 résume la distribution des items des sous-sections de HBM et de l'intention de déclaration des EM.

Concernant la vulnérabilité perçue : les items qui ont été les plus fréquemment approuvés, étaient « L'absence de déclaration des erreurs médicamenteuses augmente la probabilité de reproduction des mêmes erreurs médicamenteuses » (68,0 % de réponses tout à fait d'accord), suivi de « La difficulté de communication entre les professionnels de santé peut entraîner la survenue des erreurs médicamenteuses » (54,1 % de réponses tout à fait d'accord). Alors que l'item « Il n'y a aucune chance que des erreurs médicamenteuses se produisent pour les patients hospitalisés, car nous utilisons un système de prescription informatisé » a été le moins approuvé (6,6 % de réponses tout à fait d'accord).

Par rapport aux avantages perçus : les items qui ont été les plus fréquemment approuvés, étaient « La déclaration des erreurs médicamenteuses reflète ma responsabilité à l'égard de la sécurité des patients » et « La mise en place d'un protocole de déclaration diminuerait le nombre d'erreurs médicamenteuses » (67,2 % et 60,7 % de réponses tout à fait d'accord respectivement), alors que l'item « La déclaration des erreurs médicamenteuses permettra de prendre des mesures correctrices » n'a aucune réponse tout à fait d'accord.

Pour la gravité perçue : les items qui ont été les plus fréquemment approuvés, étaient « Une erreur médicamenteuse pourrait provoquer un accident grave mettant en jeu le pronostic vital du patient » (72,1 % de réponses tout à fait d'accord), suivi de « Les erreurs médicamenteuses pourraient engendrer des dépenses supplémentaires pour l'établissement » (63,1 % de réponses pas du tout d'accord puisque cette phrase est au sens inverse et la codification est inversée).

Concernant les obstacles perçus : les items qui ont été les plus fréquemment approuvés, étaient « L'absence de système de déclaration installé au sein de l'institut est un obstacle à la déclaration » suivi de « Je ne voudrais pas que quelque chose de mal arrive à mes collègues » (respectivement 45,1 % et 33,6 % de réponses tout à fait d'accord), alors que l'obstacle le moins perçu était « Je crois que l'erreur médicamenteuse est inévitable, il n'est donc pas nécessaire de la signaler » (4,9 % de réponses tout à fait d'accord).

Par rapport à l'auto-efficacité : les participants étaient plus d'accord qu'ils ont la capacité de diagnostiquer les EM que celle de les signaler officiellement au niveau de l'INNTA (34,4 % et 25,4 % de réponses tout à fait d'accord respectivement). L'existence d'un système de déclaration accessible et clair ainsi que l'anonymat du formulaire de déclaration des EM ont été bien perçus comme indice à la déclaration des EM avec des pourcentages très proches de réponses tout à fait d'accord (64,8 % et 57,4 % respectivement).

Par rapport à l'intention : une proportion de 61,5 % des professionnels de santé ont d'intention peu favorable pour le signalement des EM. Ainsi, l'item qui a été le plus fréquemment approuvé de l'intention était la déclaration des EM ayant entraîné un événement indésirable pour le patient (53,3 % de réponses « très probables ») (Tableau 2, Tableau 2 suite, Tableau 2 suite 1, Tableau 2 suite 2).

Facteurs associés à l'intention de déclaration des EM : le Tableau 3 collige les résultats obtenus de l'analyse univariée de l'intention de signalement des EM avec les variables socioprofessionnelles, les connaissances et les perceptions. Le pourcentage des personnes ayant une intention favorable varie significativement (p = 0,01) selon les catégories professionnelles. Il a été indiqué aussi que la vulnérabilité et la gravité sont des facteurs associés à déclarer des EM. Autrement dit, plus les professionnels de santé de l'INNTA perçoivent la menace des EM et qu'elles sont susceptibles d'avoir des conséquences graves, plus ils ont l'intention de les déclarer. Après ajustement sur les facteurs de confusion, les prédicteurs significatifs d'une intention favorable pour la déclaration des EM étaient le sexe féminin OR = 5,39 [1,29; 22,56], p = 0,02, l'auto-efficacité OR = 3,07 [1,22; 7,77], p = 0,02, la vulnérabilité perçue OR = 2,33 [1,05; 5,18], p = 0,04, p = 0,04, alors qu'une ancienneté de 10 ans et plus était associée négativement à une bonne intention de signaler l'EM par rapport à une ancienneté de moins de 5 ans OR = 0,34 [0,13; 0,88], p = 0,03 (Tableau 3).

 

 

Discussion Up    Down

Nous avons pu identifier les prédicteurs du comportement du personnel de santé de l'INNTA vis-à-vis du signalement des EM. Après ajustement sur les facteurs de confusion, les prédicteurs significatifs d'une intention favorable pour la déclaration des EM étaient le sexe féminin OR = 5,39 [1,29-22,56], p = 0,02, avec un large intervalle de confiance indiquant que le résultat peut être influencé par le fait que les femmes représentent 87 % des participants. Les prédicteurs du signalement sont aussi l'auto-efficacité, la vulnérabilité perçue, alors qu'une ancienneté de 10 ans et plus était associée négativement à une bonne intention de signaler l'EM par rapport à une ancienneté de moins de 5 ans. Concernant l'état des lieux à l'INNTA, il ressort de manière générale que plus de trois quarts des professionnels (87,7 %) ont déjà été témoins d'au moins une EM, mais très peu l'ont signalée officiellement (3,7 %), ce qui montre que l'INNTA n'est pas à l'abri de la problématique de la sous-déclaration des EM. Par ailleurs, la majorité des professionnels de santé de l'INNTA n'ont pas reçu d'information sur les EM et ne savent pas comment ni à qui ils doivent les déclarer, d'où la nécessité de mettre en place un programme ou système de signalement des EM pour y remédier. La mauvaise connaissance des systèmes de déclaration parmi les praticiens a été également démontrée par d'autres études [11,24].

Au niveau de la pratique, concernant la survenue d'EM au niveau du circuit du médicament, la plupart des participants à l'INNTA ont affirmé que l'EM pourrait survenir au niveau de prescription et d'administration du médicament au patient, ce qui a été confirmé par plusieurs études [11,12]. Ainsi, il existe un consensus de la HAS 2018 et d'autres études sur le fait que l'erreur d'administration reste l'erreur la plus représentée [2,7,10,25-27]. Les signalements des erreurs des collègues (67,7 %) et du système (65,6 %) excèdent ceux qui signalent pour leurs propres erreurs (46,2 %), ce qui reflète la crainte à propos de signaler ses propres erreurs. Dans notre étude, 87 % de ceux qui ont témoigné des EM ont fait un signalement verbal, majoritairement à un collègue (60,7 %), au superviseur (48,6 %) ou à la pharmacie (42 %). D'après Girard 2017, le premier interlocuteur contacté en cas d'EM était le médecin pour 57 % des cas du personnel [10].

Dans notre étude, l'item de l'avantage le mieux perçu par les professionnels de santé était que la déclaration des EM montre leur responsabilité à l'égard de la sécurité des patients. Ce résultat a également été retrouvé par Alsulamy et al. (2019) et Abdel-Latif et al. (2016) [11,28]. L'intention le plus élevé à l'INNTA est attribué au signalement d'EM ayant entraîné un événement indésirable pour le patient (53,3 % de réponses « très probables ») par rapport à celles n'ayant pas entraîné de préjudice et ayant été déjà corrigée avant qu'elle ne parvienne au patient. C'était également le cas dans l'étude par Girard 2017 [10]. Cela peut s'expliquer par la méconnaissance de l'importance de l'apprentissage des presque erreurs et par conséquent, il est nécessaire de préciser qu'une EM déclarée sans avoir atteint le patient pourrait prévenir sa répétition.

Pour ce qui est des obstacles à la déclaration des EM, comme l'indique notre étude et l'étude de Hercod S. (2013), bien qu'il existe différents obstacles, nous pouvons les regrouper en deux catégories principales: la première concerne le manque d'information sur l'EM et le processus de la déclaration - et la deuxième concerne la culpabilité ou la peur d'une sanction et des ruptures des relations collégiales [12,13]. Selon d'autres études, le manque de clarté des protocoles de déclaration et l'absence de préjudice pour les patients étaient des facteurs importants contribuant à la non-déclaration des EM [11,29]. D'autres facteurs interviennent tels que le manque de temps, le manque de retour après la déclaration ou le sentiment de démarche inutile [9,10,30]. Concernant les facteurs associés à la déclaration des EM, malgré les faibles effectifs dans chaque catégorie professionnelle, notre résultat de l'analyse univariée montrant que le pourcentage le plus élevé d'avoir une intention favorable ayant été observé chez les pharmaciens suivis par les médecins puis les infirmières et les dentistes a été soutenu par l'étude Carandang et al. (2015) qui a indiqué que les pharmaciens sont plus disposés à déclarer les EM (52 %) que les médecins (40 %) et les infirmières (35 %) [14]. Toutefois, l'étude de Alsulamy et al. (2019) a montré que les infirmières sont plus impliquées dans l'action de déclaration [28]. D'après Sarvadikar et al. (2010), les médecins étaient peu enclins à déclarer les EM les moins graves. Les infirmières et les pharmaciens étaient plus susceptibles de déclarer les EM moins graves et les EM graves [31].

Un des points forts de notre étude est l'utilisation innovante de HBM pour décrire la perception vis-à-vis de la déclaration des EM par les professionnels de santé. Aucune enquête HBM sur le sujet des EM n'a été trouvée, la recherche bibliographique a été effectuée sur les études CAP et les études qualitatives analysantes les perceptions et les attitudes du personnel de santé vis-à-vis du signalement des EM en anglais et en français utilisant des mots clé comme (erreur médicamenteuse - Medication Errors Reporting System MERS - barriers of disclosure of MEs - perception - déclaration - signalements - HBM) ce qui a aidé à concevoir notre questionnaire de HBM sur les EM [10,28,32-37]. Cela aura permis d'analyser les corrélations entre les composants de ce modèle et d'autres variables socioprofessionnelles, de connaissance et d'intention, et de prédire quel facteur parmi eux pourrait avoir un impact significatif sur l'intention de déclarer l'EM. Un autre point fort est que le questionnaire était rempli par l'investigateur dans un entretien direct, garantissant la réponse à toutes les questions sans avoir des données manquantes. Par rapport aux limites de l'étude, il s'agit d'une étude transversale basée sur une enquête qui est soumise aux limites habituelles des études basées sur des questionnaires telles que le biais de désirabilité sociale, le biais de mémoire des participants et les barrières de communication qui varient d'un participant à l'autre. Afin de réduire le biais de désirabilité sociale, nous avons utilisé une échelle de Likert à 4 dans les deux sections 4 et 5 (HBM et Intention) pour éviter que les répondants choisissent le point neutre [38,39]. En plus, quelques phrases ont été reformulées au sens inverse et par conséquent la codification a été inversée. Une autre limite est la faible puissance due aux faibles effectifs, surtout après la catégorisation des variables puisqu'il s'agit d'une étude de l'INNTA avec un petit échantillon exhaustif (122 enquêtés). Nous proposons de faire la même étude avec d'autres institutions travaillant sur le projet de l'OMS afin d'avoir des résultats à la fois comparatifs et représentatifs.

 

 

Conclusion Up    Down

La mise en place, tant d'un programme de formation que d'un système anonyme de déclaration des EM, apparaissent efficaces pour en réduire la fréquence voire les éliminer. Il faut cependant prendre en compte la perception individuelle du signalement d'une EM par le personnel de santé pour adopter une intention favorable au signalement et améliorer ainsi la sécurité des patients.

Etat des connaissances sur le sujet

  • Des études connaissances, attitudes et perceptions (CAP) analysant les perceptions et les attitudes du personnel de santé vis-à-vis du signalement des EM;
  • Des études qualitatives analysant les barrières et les défis du personnel de santé par rapport au signalement des EM.

Contribution de notre étude à la connaissance

  • L'utilisation innovante de HBM pour décrire la perception vis-à-vis de la déclaration des EM par les professionnels de santé;
  • Analyser les corrélations entre les composants de ce modèle et d'autres variables socioprofessionnelles, de connaissance et d'intention, et de prédire quel facteur parmi eux pourrait avoir un impact significatif sur l'intention de déclarer l'EM.

 

 

Conflits d'intérêts Up    Down

Les auteurs déclarent n'avoir aucun conflit d'intérêts.

 

 

Contributions des auteurs Up    Down

Aya Elhusseiny Shaaban: auteur principale du mémoire et de l'article, rédaction du protocole, définition de la méthodologie, conception du questionnaire, prospection bibliographique; conduite d'enquétes, inclusion des sujets, analyse et interprétation des résultats, rédaction du manuscrit. Francois-Marie Lahaye: directeur de mémoire, supervision de l'étude, co-rédaction ou validation du protocole, relecture et validation du manuscrit. Nejoua Ben Amara: administration du projet, co-directrice de l'étude, co-rédaction et validation du protocole, inclusion des sujets, relecture et validation du manuscrit. Mohamed Hsairi: chargé de la partie statistique, participation à la relecture et la validation de la partie statistique. Azza Mehanna: superviseur de la Méthodologie (HBM), relecture, révision et validation de questionnaire, participation à l'interprétation des résultats.

 

 

Remerciements Up    Down

Nous tenons à remercier tous ceux qui ont contribué à cette étude, de près ou de loin.

 

 

Tableaux et figure Up    Down

Tableau 1: caractéristiques socioprofessionnelles et état des lieux de l'INNTA (n=122)

Tableau 2: distribution des items des sous-sections de HBM et de l'Intention de déclaration des erreurs médicales

Tableau 2 (suite): distribution des items des sous-sections de HBM et de l'Intention de déclaration des erreurs médicales

Tableau 2 (suite 1): distribution des items des sous-sections de HBM et de l'Intention de déclaration des erreurs médicales

Tableau 2 (suite 2): distribution des items des sous-sections de HBM et de l'Intention de déclaration des erreurs médicales

Tableau 3: facteurs associés à l'intention de déclaration des erreurs médicales

Figure 1: les pourcentages des scores moyens des sous sections de HBM

 

 

Références Up    Down

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