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Violences physiques faites aux personnes âgées à Conakry (Guinée): analyse épidémiologique et médico-légale et implications pour la santé publique et la justice pénale

Violences physiques faites aux personnes âgées à Conakry (Guinée): analyse épidémiologique et médico-légale et implications pour la santé publique et la justice pénale

Physical violence against older persons in Conakry (Guinea): epidemiological and forensic analysis, and implications for public health and criminal justice

Namandian Traore1,&, Thierno Mamadou Cherif Diallo2, Sia Marie Ouendeno1, Ousmane Soumah1, Aly Badara Camara3, Sambou Oulare3, Ousmane Camara4, Djenabou Bah1

 

1Service de Médecine Légale, Hôpital Régional de Conakry, Conakry, Guinée Conakry, 2Service de Médecine Légale, Hôpital National Donka, Conakry, Guinée Conakry, 3Ministère de la Santé et de l'Hygiène Publique, Conakry, Guinée Conakry, 4Hôpital National Ignace Deen, Conakry, Guinée Conakry

 

 

&Auteur correspondant
Namandian Traore, Service de Médecine Légale, Hôpital Régional de Conakry, Conakry, Guinée Conakry

 

 

Résumé

Les violences physiques envers les personnes âgées constituent un problème majeur de santé publique et de droits humains, particulièrement sous-documenté en Afrique subsaharienne. En Guinée, les données médico-légales restent rares, limitant l'élaboration de stratégies de prévention et de protection adaptées. Il s'agissait d'une étude prospective descriptive menée du 11 novembre 2024 au 13 juin 2025 à l'Unité de Médecine Légale de l'Hôpital Régional de Conakry. Ont été incluses toutes les personnes âgées de 60 ans et plus, munies d'une réquisition judiciaire et examinées pour suspicion de violence physique. Les données sociodémographiques, contextuelles et médico-légales ont été recueillies à l'aide d'une fiche standardisée. L'analyse était descriptive. Les personnes âgées représentaient 5,8% des consultations médico-légales (61 cas). Les femmes étaient majoritaires (62,3%). L'âge moyen était de 71,3 ± 7,2 ans. Les violences survenaient principalement au domicile (85,2%) et étaient majoritairement intrafamiliales. Les lésions touchaient surtout la tête et le visage (45,9%). Une incapacité temporaire totale supérieure à 21 jours était observée dans 23% des cas. Les violences physiques faites aux personnes âgées à Conakry constituent une problématique préoccupante, probablement sous-estimée. Les unités de médecine légale jouent un rôle central dans leur détection et leur documentation, soulignant la nécessité de renforcer les mécanismes de prévention, de protection sociale et de réponse judiciaire.


Physical violence against older persons is a major public health and human rights concern, particularly under-documented in Sub-Saharan Africa. In Guinea, forensic data remain scarce, limiting the development of appropriate prevention and protection strategies. We conducted a prospective descriptive study conducted from November 11, 2024, to June 13, 2025, at the forensic medicine unit of the Regional Hospital of Conakry. All individuals aged 60 years and older, referred through a judicial requisition and examined for suspected physical violence, were included. Sociodemographic, contextual, and forensic data were collected using a standardized form. Data analysis was descriptive. Older persons accounted for 5.8% of all forensic consultations, representing 61 cases. Women were predominant (62.3%). The mean age was 71.3 ± 7.2 years. Most incidents occurred at home (85.2%) and were mainly intrafamilial. Injuries primarily involved the head and face (45.9%). Total temporary incapacity exceeding 21 days was observed in 23% of cases. Physical violence against older persons in Conakry is a concerning and likely underestimated issue. Forensic medicine units play a central role in detecting and documenting such violence, highlighting the need to strengthen prevention, social protection and judicial response mechanisms.

Key words: Physical violence, older persons, forensic medicine, public health, Guinea

 

 

Introduction    Down

La violence envers les personnes âgées est définie par l'Organisation mondiale de la santé comme un acte isolé ou répété, ou une absence d'action appropriée, survenant dans une relation de confiance et entraînant un préjudice ou une détresse chez la personne âgée [1]. Elle constitue un problème majeur de santé publique et de droits humains, encore largement sous-estimé dans les pays à ressources limitées.

Parmi les différentes formes de maltraitance, la violence physique demeure la plus visible sur le plan clinique et médico-légal, bien qu'elle soit fréquemment sous-déclarée, notamment lorsqu'elle survient dans un cadre familial. Le vieillissement progressif de la population, la précarité socio-économique et l'affaiblissement des mécanismes traditionnels de solidarité accroissent la vulnérabilité des personnes âgées, exposées à des traumatismes parfois graves, voire mortels [2-4].

En Afrique subsaharienne, la rareté des données et la faiblesse des dispositifs de protection sociale rendent cette problématique particulièrement préoccupante. En Guinée, les statistiques nationales sur les violences faites aux personnes âgées sont quasi inexistantes. Dans ce contexte, les unités de médecine légale constituent des observatoires privilégiés pour la détection et la documentation de ces violences, à l'interface entre santé publique et justice pénale.

L'objectif de cette étude était de décrire les caractéristiques épidémiologiques et médico-légales des violences physiques faites aux personnes âgées examinées à l'Hôpital Régional de Conakry.

 

 

Méthodes Up    Down

Type et cadre de l'étude

Il s'agissait d'une étude prospective descriptive menée du 11 novembre 2024 au 13 juin 2025 à l'Unité de Médecine Légale de l'Hôpital Régional de Conakry, centre de référence pour la prise en charge médico-légale des victimes d'agression en Guinée.

Population d'étude

Ont été incluses toutes les personnes âgées de 60 ans et plus, munies d'une réquisition judiciaire (police ou parquet), examinées pour suspicion de violence physique, après obtention du consentement éclairé de la victime ou de son représentant légal. Les cas sans réquisition et les décès consécutifs à une agression physique ont été exclus.

Collecte des données

Les données ont été recueillies à l'aide d'une fiche standardisée renseignée par un médecin légiste, incluant: les caractéristiques sociodémographiques, le contexte de l'agression, les caractéristiques des auteurs présumés, les données médico-légales (nature, siège des lésions, incapacité totale de travail (ITT)).

Analyse statistique

L'analyse a été réalisée à l'aide du logiciel Excel® 2019. Les variables quantitatives ont été décrites par des moyennes et écarts-types, et les variables qualitatives par des fréquences et pourcentages. Aucune analyse multivariée n'a été effectuée en raison de la taille de l'échantillon.

Considérations éthiques

Cette étude a été conduite conformément aux principes éthiques de la déclaration d'Helsinki. Elle a reçu l'approbation du Comité National d'Éthique pour la Recherche en Santé sous le numéro d'autorisation 793/24. Il s'agit d'une étude prospective descriptive basée sur l'examen des personnes âgées victimes de violences à l'Unité Médecine Légale de l'Hôpital Régional de Conakry dans le cadre de réquisitions judiciaires. Toutes les données ont été anonymisées et traitées de manière strictement confidentielle. Le consentement éclairé a été obtenu des patients ou de leurs représentants légaux, conformément aux procédures en vigueur, notamment pour les personnes vulnérables, y compris les sujets âgés. Aucune information permettant d'identifier les patients n'a été utilisée dans cette étude.

 

 

Résultats Up    Down

Les personnes âgées représentaient 5,8% de l'ensemble des consultations médico-légales durant la période d'étude soit 61 cas de violences physiques ont été recensés. Les victimes étaient majoritairement des hommes (56%) avec un âge compris entre 60 et 70 ans dans 66% des cas. La majorité était mariée (67%), tandis que 28% étaient veufs. Sur le plan socio-professionnel, les commerçants/marchands (32,79%) et les ménagères (29,5%) étaient les plus représentés. La provenance des victimes montrait une prédominance de la commune de Tombolia (40,98%), suivie de Matoto (18,03%). Enfin, plus de la moitié des victimes n'avaient aucun niveau d'instruction (54,1%) (Tableau 1).

Les agressions survenaient majoritairement en journée (57,4%). Elles avaient lieu principalement au domicile commun (40,98%) et au domicile de la victime (27,87%), traduisant un caractère essentiellement domestique des violences. Concernant le lien avec l'agresseur, les voisins (31,15%) et les conjoints, notamment les époux (21,31%) et coépouses (19,67%), étaient les plus fréquemment impliqués, soulignant la proximité relationnelle dans la survenue des agressions (Tableau 2).

Les auteurs étaient majoritairement de sexe masculin (63,9%) et jeunes, avec une prédominance de la tranche d'âge de 21 à 30 ans (47,22%). Sur le plan socio-professionnel, une forte proportion était sans profession (38%) ou exerçait des activités ouvrières (30,56%), traduisant une situation de précarité socio-économique. Par ailleurs, près de la moitié des auteurs n'avaient aucun niveau d'instruction (47,22%), et une consommation de substances psychoactives (alcool, tabac ou drogue) était retrouvée dans 59,72% des cas (Tableau 3).

La majorité des victimes étaient en situation de vulnérabilité (57%) et dépendantes (85%), avec une récurrence des violences dans plus de la moitié des cas (56%). Sur le plan lésionnel, les plaies (34,86%) et les contusions (23,85%) étaient les lésions les plus fréquentes. Les atteintes concernaient principalement la tête et le cou (50%), traduisant des mécanismes de violence directe. L'évolution clinique était favorable dans la majorité des cas, avec une prise en charge ambulatoire prédominante (83,60%). Enfin, les préjudices étaient majoritairement simples (89%), bien que des formes sévères aient été observées dans 11% des cas (Tableau 4).

 

 

Discussion Up    Down

Cette étude met en évidence l'ampleur des violences physiques faites aux personnes âgées à Conakry, représentant 5,8% des consultations médico-légales. Bien que non négligeable, cette proportion est probablement sous-estimée en raison de la sous-déclaration liée aux pesanteurs sociales, à la dépendance et à la vulnérabilité des victimes.

Nos résultats sont comparables aux données internationales et africaines rapportant une prévalence de la violence physique comprise entre 2,6% et 7% selon les contextes [5-7]. La prédominance féminine observée corrobore les données de la littérature, soulignant la vulnérabilité accrue des femmes âgées, notamment en situation de veuvage et de dépendance économique [7-9].

La localisation majoritaire des lésions à la tête et au visage, retrouvée dans d'autres études médico-légales, traduit une violence directe et répétée, avec un retentissement médico-légal et psychologique important [6,10-13]. Le cadre domestique demeure le principal lieu des agressions, confirmant le caractère intrafamilial de ces violences et la difficulté de leur détection.

Le profil des auteurs de ces violences, marqué par la précarité socio-économique, le faible niveau d'instruction et la consommation de substances psychoactives, souligne la nécessité d'approches préventives intégrées, associant actions sociales, sanitaires et judiciaires.

Limites de l'étude

Cette étude repose sur des données hospitalières médico-légales et ne permet pas d'estimer la prévalence réelle des violences physiques chez les personnes âgées dans la communauté. L'absence d'analyse multivariée limite l'identification de facteurs de risque indépendants.

Implications pour la santé publique et la justice pénale

Les unités de médecine légale jouent un rôle central dans la détection et la documentation des violences faites aux personnes âgées. Le renforcement des mécanismes de signalement, de protection sociale et de prise en charge médico-judiciaire apparaît indispensable pour prévenir ces violences et améliorer la réponse institutionnelle en Guinée.

 

 

Conclusion Up    Down

Les violences physiques faites aux personnes âgées à Conakry constituent un problème préoccupant de santé publique et de justice pénale. Les personnes âgées dépendantes, en particulier les femmes veuves, apparaissent particulièrement vulnérables. Ces résultats soulignent l'urgence de stratégies de prévention ciblées et le rôle clé de la médecine légale à l'interface entre santé et justice.

Etat des connaissances sur le sujet

  • Les violences physiques faites aux personnes âgées constituent un problème de santé publique et de droits humains encore sous-documenté en Afrique subsaharienne;
  • Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables aux violences intrafamiliales en raison de la dépendance économique, de l'isolement social et des croyances socioculturelles;
  • Les données médico-légales jouent un rôle central dans la documentation des violences et l'orientation judiciaire des dossiers de maltraitance des personnes âgées.

Contribution de notre étude à la connaissance

  • Cette étude fournit l'une des premières analyses médico-légales détaillées des violences physiques faites aux personnes âgées à Conakry, en s'appuyant sur des données issues d'un service médico-judiciaire;
  • Elle met en évidence les profils épidémiologiques des victimes, les circonstances des agressions et les caractéristiques lésionnelles spécifiques aux personnes âgées;
  • Elle souligne les implications concrètes des violences sur la santé publique et la justice pénale, en insistant sur la nécessité d'une meilleure protection médico-légale et judiciaire des personnes âgées en Guinée.

 

 

Conflits d'intérêts Up    Down

Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.

 

 

Contributions des auteurs Up    Down

Les auteurs ont contribué à ce travail. Ils ont tous lu et approuvé la version finale du manuscrit.

 

 

Tableaux Up    Down

Tableau 1: profil épidémiologique des victimes

Tableau 2: répartition selon les circonstances des violences physiques faites aux personnes âgées

Tableau 3: profil des auteurs de violences physiques faites aux personnes âgées

Tableau 4: répartition selon les caractéristiques médico-légales

 

 

Références Up    Down

  1. World Health Organization. Abuse of older people - key facts. Geneva: WHO; 2022. Accessed April 22, 2026.

  2. World Health Organization. The Toronto declaration on the global prevention of elder abuse. Geneva: WHO; 17 November 2002. Accessed April 22, 2026.

  3. HelpAge International. Older people around the world at higher risk of abuse & neglect than before the pandemic: New report. London: HelpAge International; 2021. Accessed April 22, 2026.

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